Questions à Stéphanie et Michel
Michel Turon-Barrère : « J’étais certain que nous rallierions l’arrivée ! »
A l’issue du 32ème « Dakar », Michel Turon-Barrère, pilote du Buggy n° 364 du Team Omega – Lurton, brosse le bilan de cette superbe aventure vécue en Amérique du Sud. Après avoir couvert plus de 9000 km dont près de 5000 en secteurs sélectifs, le béarnais accompagné pour la première fois de Stéphanie Fenestraz, a rempli son contrat et gomme définitivement sa déception de 2009 : son abandon après 18 km de course !
Le Dakar 2010, est-il différent des Dakar précédents ?
Michel Turon-Barrère : « Oui, c’est la seconde fois que je franchis l’arrivée en quatre participations. Une arrivée sur deux ! Avec Jean-Marc Monbeig comme navigateur, nous avions terminé 90ème en 2008. Cette année, 34ème, j’ai l’impression d’avoir réalisé un saut à l’élastique ! Pourtant, au début de l’épreuve, j'étais hyper stressé, je craignais de revivre la même malchance que celle de l'an dernier, surtout quand la voiture s’est mise à chauffer. Mais après Fiambala, j'étais certain que nous allions atteindre l’arrivée. Comme un pressentiment. Pourtant, ce Dakar était dur et difficile... Nous y avons retrouvé les valeurs du Dakar, l'an passé, il y avait eu trop de passe-droits ! »
Avez-vous pris, Stéphanie et toi, rapidement vos marques car c’était la première fois que vous rouliez ensemble au Dakar ?
« Dès la première étape, je l'ai jugée sur des tests et, toutes ses notes tombaient pilepoil. Dès lors, je lui ai fait une entière confiance au niveau de la navigation. »
La voiture était-elle adaptée au tracé ?
« Nous avions une voiture très maniable, facile à conduire. »
Pour l’avenir, qu’elles sont les améliorations que tu souhaites apporter ?
« On manque de puissance dans les dunes, je me suis retrouvé plusieurs fois trop court avant le sommet. Les freins sont également à revoir, je les souhaiterai plus performants, j’ai ressenti leur faiblesse dans les secteurs de pilotage comme entre La Serena et Los Andes ! Bien évidement, la surchauffe reste notre préoccupation... J’en ai parlé avec Stéphane Henrard (pilote belge d’un Buggy similaire), il a découpé tout l'arrière de sa voiture. nous devons poursuivre nos approfondissements afin d’améliorer ce souci qui nous préoccupe depuis longtemps et qui touche les Buggys. »
Quel a été ton rôle par rapport à François Lurton, le second pilote du Team ?
« Au départ, je l'ai conseillé sur la façon de conduire en essayant de lui enlever une partie du stress qui l’habitait. Ensuite, nous avons vécu des courses différentes, en fait nous n’avions pas les mêmes horaires… Lorsqu’il arrivait au bivouac, j'étais couché ; le matin, je partais, il dormait. Souvent, nous nous sommes croisés. »
Quel souvenir voulez-vous oublier ?
« Les dunes de Fiambala (3ème étape) : on s'est tanqués, sans pouvoir s’en sortir jusqu'à l’arrivée de Joël (Clévenot). J’ai bien cru que c'était fini ! L'avant dernière spéciale ne sera pas non plus, un bon souvenir : quand Stéphanie m'a annoncé que l'on avait manqué un way point… Nous sommes repartis à l’envers dans l'enfer ! »
Celui ou ceux à conserver ?
« L'arrivée à Iquique, la descente de l’immense dune ! Celle aussi, où j’ai surfé entre Antofagasta et Iquique. C’était le rallye des Cimes en version chilienne, au bord d’un précipice, nous nous sommes classés 23ème ! »
Quel est la circonstance dont tu es le plus fier ?
« C'est le feeling que j'ai eu dans les dunes, j'ai surfé dedans sur une combine imaginaire, je me suis régalé ! »
Quelle leçon retiens-tu de cette édition et que souhaites-tu améliorer l'année prochaine ?
« Le niveau technique est réellement monté d’un cran. Dans ce genre de course, il n’y a pas que la mécanique et le budget que nous devons préparer, mais également toute l'organisation en fonction de la course. »
Stéphanie FENESTRAZ
Avais-tu des appréhensions avant le départ ?
Stéphanie Fenestraz : « Un petit peu car je ne connaissais personne de l'équipe. Je vis en Argentine et je me demandais si, elle allait m'adopter, et si je me familiariserai avec elle ! En revanche, j'avais confiance en Michel car, après notre coup d’essai à Burgos en Espagne en septembre dernier, il avait le pied cassé et me suis dit : c’est un courageux, si nous vivons des moments durs, il fera face ! »
Es- tu surprise de la façon dont tu as solutionné les situations difficiles ?
« Non car je crois être suffisamment forte psychologiquement. J'ai rencontré tellement de pépins dans ma vie, que j'ai toujours essayé de les surmonter, je savais être prête. »
Qu'as tu appris que tu ignorais sur toi ?
« Que c'est une belle école de la vie, un énorme défi, une grande leçon d'humilité. Dans une équipe nous sommes tous égaux, nous nous devons le respect les uns aux autres. »
Quel a été le pire moment ?
« La première et seule fois, ou nous nous sommes perdus, sur une erreur de navigation qui m’incombait. C'était à Fiambala, nous avons tourné pendant plus d'une heure ! »
Et le meilleur ?
« Il n'y a pas un moment en particulier mais plusieurs : l'arrivée à Buenos Aires, la descente de la dune d'Iquique, la vallée des dunes entre Iquique et Antofagasta. »
Le moment dont tu es le plus fière ?
« Celui d’avoir récupéré ce "putain" de Way-Point dans les dunes du Nihuil et d'insister auprès de Michel pour y aller ! »
Une complicité s'est-elle installée avec ton pilote ?
« Je ne connaissais pas Michel, j'ai appris à le connaître. »
Quelle leçon retiens- tu pour l'année prochaine, si… ?
« Éviter de prendre des pénalités pour une stupide erreur de navigation, comme celle de Fiambala ! J'aimerai me perfectionner en navigation et apprendre quelques subtilités mécaniques. »
Le Dakar a t'il eu une influence sur ta personnalité et ta façon de voir les choses est-elle différente ?
« J'ai appris que je pouvais aller très loin et surmonter des situations peu communes. Le pouvoir de s'adapter aux autres est aussi une découverte. J’ai appris à mieux me connaître et à écouter les autres. »
photo (C) DPPI

